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Eddie Barclay en noir et blanc

Vingt mille. C’est le nombre de clichés dont Guillaume Barclay, fils d’Eddie, a hérité, après la mort de « l’empereur du microsillon ». Le photographe prépare aujourd’hui une exposition qui débutera à l’été 2014 entre Paris, Saint-Tropez et Monaco.

 

Les soirées blanches tropéziennes font désormais partie de la légende d’Eddie Barclay. Depuis sa mort en 2005, les fêtes emblématiques de celui qui fut considéré comme le roi de la jet-set sont rééditées un peu partout. Le 25 juillet, le Before, à Monaco, en organise une pour rendre hommage à Eddie Barclay. Cette soirée sera surtout l’occasion de voir une quinzaine de clichés sélectionnés par Guillaume Barclay parmi les 20 000 qu’il possède. Des photos noir et blanc où l’on retrouve aux côtés de son père, Johnny Hallyday, Alain Delon, Belmondo, Edith Piaf… Car Guillaume Barclay, lui-même photographe, prépare actuellement une exposition itinérante entre Paris, Saint-Tropez et Monaco pour l’été 2014. Son objectif : raconter le fabuleux destin du producteur de disques. « Je ne veux pas associer mon père aux soirées blanches et au dandy qu’il était pendant la fin de sa vie. Je veux raconter l’histoire du professionnel, du musicien qu’il a toujours été », explique-t-il simplement.

Eddie Barclay, Edith Piaf et Henri Salvador

Pianiste de jazz
Né en 1921, le jeune Edouard Ruault, de son vrai nom, a démarré sa carrière comme garçon de café dans la brasserie de ses parents, en face de la gare de Lyon, puis comme pianiste de jazz, dans un café parisien, rue des Lombards. « Pour la petite histoire, il alternait avec Louis De Funès, qui était pianiste de café avant d’être connu comme acteur. Depuis, ils étaient amis », raconte Guillaume Barclay. Pendant l’occupation nazie, cet autodidacte passionné par le jazz organisait des fêtes à Saint-Germain-des-Prés, où il jouait avec son propre groupe dont il était le chef d’orchestre. A côté du compositeur, on retrouvait la guitare de Django Reinhardt et la voix d’Henri Salvador. Ensemble, ils jouaient du jazz américain qui était interdit à cette époque. Car Eddie Barclay, c’est surtout une histoire de rencontres. Elle démarra vraiment après la deuxième Guerre Mondiale, lorsqu’il décida d’américaniser son nom. Une pratique courante chez les artistes des années cinquante et soixante, comme Eddy Mitchell ou Johnny Hallyday.

Success Story
A partir de ce moment, Barclay va s’entourer des meilleurs et se fait connaître avec l’importation des 45 et 33 tours dans l’Hexagone. « Ils étaient très peu commercialisés en France à l’époque. C’était une mini révolution dans le monde de la musique », rappelle son fils. Le musicien profite de ses voyages aux Etats-Unis pour signer des contrats avec de nombreux jazzmen américains comme Charlie Parker ou Ray Charles, pour ne citer qu’eux. Son orchestre accompagne les plus grands, comme Louis Amstrong et Quincy Jones qui deviendra son directeur artistique, quand le label Barclay fut créé. Avec ce label, Barclay est devenu le numéro un des disques en France, en révélant de nombreux talents comme Dalida, Michel Delpech, Noir Désir, Jean Ferrat, Léo Ferré, Françoise Hardy et bien d’autres. Son tout premier succès fut le chanteur américain Eddie Constantine. Son flair lui fait pourtant défaut pour certains interprètes, comme Michel Sardou ou Jacques Brel. « La collaboration avec ces chanteurs ne connut pas un succès imminent. Il a fallu attendre de trouver ce qui correspondait à ces personnalités, désormais incontournables, et aussi au public », poursuit Guillaume Barclay. En effet, Jacques Brel et Daniel Balavoine, par exemple, ont sorti chez Barclay quelques chansons loin de la gloire qu’ils ont pu connaître par la suite.

L’artiste, l’homme et l’ami
Mais le show business était bien différent à l’époque. « Maintenant, si un artiste se loupe, c’est foutu pour lui, raconte Guillaume Barclay. Mon père travaillait différemment et prenait le temps de trouver ce qui allait marcher, quand il était sûr d’avoir trouvé la perle rare ». Pour Michel Sardou, l’histoire est différente. Après quatre années d’essai, il ne croyait plus en son talent d’interprète, et le chanteur se dirigea vers une autre maison de production. Les deux hommes n’avaient pas perdu leur amitié pour autant. « Mon père était un artiste, loin du businessman classique. Tous ceux qui venaient enregistrer dans son studio, tissaient des liens d’amitié forts avec lui ».
Personne n’échappait à ce rituel, il était proche des personnes avec qui il travaillait et s’amusait dans son travail : « Il ne le concevait pas autrement ». Une photo prise à New York avec Quincy Jones et Frank Sinatra illustre bien cet état d’esprit, qui était d’instaurer plus que de la proximité entre lui et son entourage du show-business. « C’est ma photo préférée, il tient sa main sur son cœur en regardant Sinatra dans les yeux avec une réelle sincérité, pour le convaincre de rejoindre la maison Barclay. Ce n’était pas qu’un simple producteur de tubes. Il allait vers les artistes, qui étaient obligés d’accepter car mon père n’offrait pas seulement l’argent nécessaire pour la production, il offrait son amitié ».
Selon son fils, derrière l’homme dur en affaires, Edouard Ruault était « très humble », loin de son image de retraité à Saint-Tropez et de ses huit mariages. Une partie de sa vie qui a empiété sur le reste. « Les soirées blanches et les femmes ne constituent qu’un détail de sa longue vie », souffle Guillaume Barclay. Le producteur, qui incarnait le paysage du show-business à la française, était resté un jeune pianiste dans l’âme. S’obstinant à conserver la moustache à la Clark Gable, dont il était fan durant son adolescence.

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