Portrait : La Peter Pan féminin !

La Peter Pan féminin !

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« La première nuit du monde », voici le doux nom de sa dernière exposition. Valérie Fabre artiste peintre me reçoit dans son atelier. Cette artiste s’est installée en Allemagne depuis plusieurs années où elle a réussi à développer son art féérique bien plus qu’à Paris. Après plus de 20 ans d’expression est-elle arrivée au bout du tunnel ? Quel est le sens de sa quête ?

            Une grande pièce blanche presque vide, semblable à aux chambres d’hôpital. Des tâches de peintures au sol, un grand tableau de soldat aux couleurs écrasantes. Des pinceaux, de la gouache par-ci par là. Enfoncé dans son fauteuil de cuir noir, celle qui n’a jamais aimée suivre la mode à un regard perçant. On croirait qu’elle est aveugle. Ses binocles dorés, ses dents du bonheur et son teint rosé reflète l’image d’une petite fille. Pourtant, Valérie a 55 ans, après avoir grandi en Suisse. Elle fait ses études à Paris et aujourd’hui vit à Berlin. Ensorcelé de peinture et d’émotion à revendre. Elle commencera sa carrière à Paris qu’elle quittera dans les années 80. Celle qui se sent « d’abord comme une grande européenne et une exilée depuis toujours » se sent nulle part et partout à la fois. Elle a décidé de s’installer à Berlin, car c’est « un endroit où la peinture est un médium extrêmement pratiqué de manière libre ». Depuis bientôt 10 ans, elle enseigne son savoir à l’Université des arts de Berlin.

 

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Peter Pan au féminin, cette rêveuse peint un monde presque enfantin. Entre imaginaire mythologique et conte de fée, elle apprécie raconter des histoires. Par exemple, lors de sa série d’œuvre abordant le troisième frère Grimm. Ses travaux sur les « forêt(s) », la « fragilité des fleurs » ou « lapine univers » cache une petite fille meurtrie. Qui est-elle ? Des tableaux cauchemardesques de suicides, de cannibalismes la suivent depuis des années. Ces tableaux reflètent une image sombre du personnage de Valérie. Les faits divers qui l’inspire la touche-t-elle plus qu’elle le prétend ? Depuis 2003 les suicides « je l’ai fait à tout moment ». Ses folies de peindre l’horreur, imprime d’elle une image névrosée.

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Coloré, gribouillé, coulante ou irréaliste ses œuvres sont en proies aux doutes. Valérie grandit, pourtant moins sûre d’elle, moins battante avec le temps. Acquis un doute constructeur, une certaine sérénité. L’incertitude la guide dans « l’aventure sombre qui s’appelle la vie », petit à petit ses souvenirs s’assombrissent comme ses peurs. Elle se laisse guider.

« C’est pour ça que le cinéma est si important dans mon parcours de peintre ».

 

A-t-elle peur du temps qui passe trop vite ? Obsédée du temps « du problème de la durée » comme Peter Pan. Elle l’analyse la durée et transgresse son rapport au temps sur ses peintures. Puiser l’énergie du temps, « de la durée » du cinéma ou du théâtre la transporte. Cette passionnée de cinéma et de théâtre dramaturge adore s’en inspirer. Perdu entre ses rêveries de gamine et ses peurs d’adulte, elle jette son dévolu sur les toiles. La notion de spectacle, de théâtralité figurative est importante pour elle. « J’aimerais proposer avec mon travail un accès à un monde imaginaire ». Elle aime faire passer des messages à travers ces toiles, en réalisant aussi des tableaux narratifs. « Je vis des moments sublimes » Valérie vit ses peintures en les travaillant. Elle se crée son univers. Comme les enfants à travers les dessins, à travers la peinture, elle se crée un monde imaginaire.

Le travail de cette femme enfant lui aura valu de nombreux prix et récompenses. Le prix de peinture du salon Montrouge ou encore la bourse de séjour à la Villa Wardberta à Munich. Valérie exulte dans son domaine. Pourtant elle souhaite simplement faire vivre des émotions aux gens qui contemple ses œuvres, comme quand l’on regarde un film. Depuis les années 90, elle se déplace aux quatre coins du monde pour raconter ses histoires et laisse même accès à ses brouillions, à ses premiers essais ratés. Bloqué dans un monde enfantin, à travers ses peintures parfois paradoxale, Valérie ne cherche-elle pas à cacher ses blessures ?


Article : Camille Carrara

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