Mes articles parus dans « l’OBS »

J’ai intégré la rédaction de l’OBS dans le cadre de mon stage de deuxième année. J’y ai produit du contenu pour le magazine mais aussi pour le site culturel du journal, BibliObs. Ce stage a été l’occasion unique pour moi d’écrire dans un grand média. J’ai rapidement senti une grande confiance de la part de la rédaction, ce qui m’a permis de m’épanouir complétement dans ma mission. Cette page regroupe quelques articles que j’ai produits pour le journal.

Asli Erdogan: “J’étais la cible idéale”

Dans le cadre de mon stage à l’Obs, j’ai suivi de près l’évolution de la situation d’Asli Erdogan. Cela a été une de mes principales missions.

Cette auteure turque était accusée de faire partie «d’une organisation terroriste armée» et de se livrer à la «propagande en faveur d’une organisation terroriste.» Les preuves ? Ses notes de travail et trois de ses livres, traitant des massacres des Kurdes et des Alevis.

Vous pouvez retrouver mon enquête sur le sujet parue dans l’Obs du 1er décembre 2016 en cliquant sur l’image ci-dessous.

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« Decoin & fils »

J’ai également publié une autre page entière dans l’Obs avec un papier littéraire croisé sur les romans de Didier Decoin et son fils, Julien. Cet article est paru dans le journal du 19 janvier 2017.

Mes articles pour BibliObs

Une grande partie de mon travail était de produire du contenu pour le site culturel du journal, BibliObs. Mes papiers culturels étaient le plus souvent liés à des faits d’actualité politiques ou internationaux.

J’ai, par exemple, publié deux papiers sur le rapport des écrivains avec le nouveau président américain Donald Trump.

Celui-ci regroupe les réactions des écrivains à l’élection de Donald Trump, vous pouvez accéder au papier en cliquant sur l’image.

capture-decran-2017-01-23-a-10-40-34Sur le même thème, ce second papier est un peu plus précis. Il relate la réaction de l’auteure Tim Morrison à travers un long texte dans lequel elle accuse son nouveau Président de vouloir ressusciter les suprématistes blancs. Vous pouvez le lire en cliquant sur l’image.

capture-decran-2017-01-23-a-10-45-40L’article suivant traite l’entrée d’Andreï Makine à l’Académie française. J’analyse son discours très intéressant sur le plan géopolitique. Le néo-académicien y défend fermement l’action de la Russie de Vladimir Poutine, notamment en Syrie.

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Comme dernier exemple de production, j’ai publié un article sur la demande de grâce pour Edward Snowden que plusieurs auteurs ont faite à Barack Obama avant qu’il ne quitte la Maison Blanche.

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Mais où est donc passé The Weeknd ?

Son dernier album est un peu comme cette discussion qui précède une rupture. Vous savez, celle pendant laquelle on hésite à laisser une dernière chance. L’artiste canadien, pourtant très talentueux, déçoit dans son dernier opus Starboy.

The Weeknd jouit d’un talent indéniable. Il l’a déjà prouvé à travers de brillants albums tels que House of Balloons, Echoes of Silence ou encore l’excellent Kiss Land. Des albums marqués dès la première seconde du sceau de The Weeknd. Impossible de se tromper.

Quand il assure la première partie de son vieil ami Drake à Bercy en février 2014, il n’est pas loin de l’éclipser tant sa performance envoute chaque millimètre carré du POPB. Une coupe de cheveux indescriptible, un visage que personne ne connait vraiment et, par-dessus tout, une voix que certains confondraient presque avec celle du roi de la pop, Michael Jackson (il n’y a qu’à écouter D.D, sa reprise de Dirty Diana).

Un coup oppressant, un coup libérateur, un album de The Weeknd vous plongera quoi qu’il arrive dans une profonde introspection (bon courage à celui qui viendra vous déranger en pleine écoute).

Sa musique est puissante, inclassable, un ovni qui vous traverse inlassablement. Des morceaux tels que Next, Wicked Games, Loft Music ou encore Montreal en sont les parfaites incarnations.
The Weeknd vient vous saisir la nuit, quand plus rien ne se passe et que, d’un coup d’un seul, vous vous sentez seul au monde. En réalité, ça n’est rien de plus qu’un pur moment d’égo trip. Mais qu’est-ce que c’est bon !

Starboy n’est pas raté (on ne va pas tout de même pas se gâcher le plaisir d’écouter un nouveau The Weeknd). Il est entraînant et, comme dans chacun de ses disques, on ne s’ennuie pas. Quand on jette un œil à la liste des invités, (Daft Punk, Kendrick Lamar, Future…) il nous met l’eau à la bouche cet album.

Mais cette fois, la magie ne prend plus. À terme, on en vient à se demander où est passé The Weeknd. Je veux dire, le vrai The Weeknd. Celui qu’on s’empresse d’écouter quand on doute. Celui qui nous fait croire que nos problèmes ne sont rien comparés aux siens.
Le chanteur décadent qu’on aime tant est porté disparu.

Cet album ne lui ressemble pas, il est policé, prêt à l’emploi: sous la douche, dans le métro ou en boite de nuit. Alors on attend, on espère ce moment où le canadien va enfin nous embarquer dans son univers. Malheureusement, il ne viendra jamais. J’ai bien essayé mais, même avec tout la volonté du monde, je suis resté cloué dans ma rame de métro.

L’artiste profondément sombre et torturé a finalement laissé place à un chanteur enjoué dont les problèmes semblent s’être miraculeusement évaporés. Hasard ou non, The Weeknd a coupé ses cheveux qui, jusque là, faisaient toute son originalité.

Les featurings ne fonctionnent pas non plus. Kendrick Lamar, actuellement au sommet du rap n’apporte pas grand chose au titre Sidewalks qui pourrait aisément se passer de lui. Même chose pour l’apparition de Future sur All I Know qui est sans grand intérêt.
Le style, si atypique, de The Weeknd rend quasiment impossible la cohabitation avec d’autres artistes.

Malgré cette regrettable perte d’identité, il faut reconnaître que cet album apporte un peu de fraîcheur. En majeure partie grâce aux Français de Daft Punk qui ont su imposer leur style dans les morceaux Starboy et I Feel It Coming. Leurs légendaires voix robotisées tiennent à bout de bras un album qui peine à décoller.

Mises à part quelques fulgurances (notamment Love to Lay et A Lonely Night) qui rappellent, non sans peine, la belle époque, Starboy ronronne, une heure durant, sans jamais vraiment trouver sa place.
Sans jamais croiser le vrai The Weeknd.

Thomas Tissaud

Et Drake réinventa le rap

Drake revient en force avec son quatrième album Views. En quelques années, le gamin de Toronto s’est fait sa place au sommet. Comment a-t-il fini par révolutionner le Rap ?

Drake, c’est avant tout l’antithèse du rappeur trop sûr de lui et tellement ostentatoire qu’on en vient à se demander s’il fait de la musique pour l’art ou pour l’or. Depuis six ans, il a su prendre à contre-pied les codes et clichés qui avaient fait du rap un monde de brute peu accueillant. Car le style Drake relève plus de la douce introspection que de la démonstration de force. C’est aussi du buzz, des danses originales, mais par dessus tout l’invention d’un style encore jamais exploré.

Pour tout cela, le natif de Toronto divise autant chez les amateurs de rap que chez les artistes eux-mêmes qui se sont longtemps attaqué à son style « fragile »

Le pionnier du « soft-rap »

Des rappeurs américains, il en existe à la pelle. Nombreux disparaissent après seulement quelques mois au top. Les Tyga, Meek Mill ou encore Wiz Khalifa sont symptomatiques des rappeurs dépourvus de toute identité artistique qui, en définitif, n’apportent rien à leur art.

Car oui, le rap est un art (et n’allez surtout pas dire le contraire à Kanye West).

Le coup de génie de Drake pour s’imposer ? Inventer son propre mouvement dans un genre, qui, mises à part les fulgurances du génie Kanye West, vivotait.

Pour la première fois un rappeur ose étaler ses faiblesses liées aux échecs sentimentaux, à la célébrité et à l’absence du père… Tout cela emballé dans des mélodies travaillées jusqu’à obtenir une atmosphère où règnent doute, fébrilité et paranoïa.

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Le clip de Marvin’s Room reflète parfaitement l’univers introspectif de Drake

 

Drake chante sa médiocrité. Oui, «chante», et là est sa particularité.

Il a travesti son rap pour atteindre la parfaite alchimie entre rap et chant. Son dernier album Views ou encore l’excellent Take Care en sont les parfaits exemples. Sa capacité à mêler ces deux styles est unique dans le rap. Personne n’avait, avant lui, assumé le genre.

Cette originalité a donné naissance à des dizaines de morceaux, pour la plupart, très éloignés des bases du rap. Une différence qui l’a rendu facilement identifiable.

Toronto, sa muse

Par dessus tout, Drake aime clamer son appartenance à Toronto, « The 6″ comme il l’appelle.

Car non, Drake n’a pas grandit dans les rues de Brooklyn. Il n’a pas non plus baigné dans l’ambiance pesante de la guerre des gangs de Los Angeles. Sa ville à Drake, c’est Toronto. Sa réussite lui aura d’ailleurs valu l’honneur de recevoir les clefs de la ville des mains du Maire en février dernier.

Drake reçoit les clefs de Toronto lors d'un match de Basketball des Toronto Raptors, équipe dont il est l'ambassadeur
Drake reçoit les clefs de Toronto lors d’un match de Basketball des Toronto Raptors, équipe dont il est l’ambassadeur.

 

Toronto est à Drake ce que Gala était à Dali : sa source d’inspiration.

C’est dans le froid saisissant, la brume d’hiver, et les tempêtes de neige interminables que Drake s’est construit. On est loin de la drogue et des armes dont parlent beaucoup de rappeurs.

Toronto, c’est aussi Noah «40» Shebib, son ami de toujours devenu son producteur fétiche.

Capable de créer des rythmes nerveux comme We’ll Be Fine ou Tuscan Leather mais aussi des ballades mélancoliques telles que Connect et Marvin’s Room, il est indissociable de l’art Drake.

Noah Shebib, alias "40", le producteur de Drake en studio pendant l'enregistrement de Nothing Was The Same, le troisième album de Drake
Noah Shebib, alias « 40 », le producteur de Drake en studio pendant l’enregistrement de Nothing Was The Same.

 

Le Roi d’Internet

La conquête du Rap par Drake, c’est aussi grâce à Internet:

En 2015, le rappeur Meek Mill l’attaque  dans une série de tweets. Il accuse Drake de ne pas écrire ses propres paroles, une lourde accusation dans le monde du Rap. Le tweet est relayé plus de 130 000 fois : le clash Drake – Meek Mill est lancé.

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Un des tweets de Meek Mill

 

Drake lui répond à travers Back to Back, un morceau qu’il met à disposition sur la plateforme SoundCloud.

En quelques heures le nombre d’écoutes explose. Back to Back crucifie Meek Mill qui ne répondra jamais. Le morceau sera même nommé aux GRAMMY’s.

Le Canadien gagne la guerre du numérique, Meek Mill est depuis resté muet.

Ses détracteurs réalisent que derrière l’homme sensible se cache un rappeur capable de briser une carrière avec un seul morceau. Une vraie démonstration de force qui vient combler le manque de crédibilité dont Drake souffrait depuis ses débuts.

Une fois Internet dans la poche, Drake y envoie un ovni audio-visuel : Hotline-Bling. Un clip dans lequel il danse à sa façon. Le jour-même, détournements et parodies du clip envahissent les fils Facebook et Twitter. Le tour est joué, Hotline-Bling compte aujourd’hui plus de 700 millions de vues.

Le clip met Drake seul en scène. Sa manière de danser créé rapidement le buzz.
Le clip met Drake seul en scène. Sa manière de danser crée rapidement le buzz.

 

Views, la confirmation

Au fil des albums, Drake a démontré sa capacité à se renouveler. Views est l’album d’un artiste conscient de ses qualités. Comme à son habitude, il a fait fusionner sensibilité et rap dur. Jamais son style n’avait atteint un tel niveau.

Drake pour Views
Drake pour Views

 

L’album s’ouvre sur le surprenant Keep the Family Close, un morceau où le rap est porté disparu. On réalise immédiatement que Drake est une fois de plus sorti des sentiers battus.

Ce qui se confirme avec Controlla et One Dance qui, c’est sûr, vous rentreront immédiatement dans la tête. Pour les tubes de l’été, vous pouvez déjà parier sur ces deux titres.

Enfin, que serait un album de Drake sans Rihanna. Sans surprise, elle a été invitée à poser sa voix sur l’entraînant Too Good.

Une fois de plus, l’excellence est au rendez-vous. Un sentiment de maîtrise totale plane sur Views que Drake aura mis plus de 2 ans à enregistrer.

L’album s’est déjà écoulé à plus d’un million d’exemplaires en une semaine.

Longtemps considéré inoffensif, Drake  enchaîne aujourd’hui ventes records, nominations aux Grammy Awards et tournées mondiales. Force est de constater l’irrésistible ascension du gamin de Toronto venu chanter ses faiblesses.

Comme si personne ne l’avait vu venir.

T.T

Et si les J.O de Rio étaient annulés…

Cet été se tiennent les Jeux olympiques de Rio de Janeiro au Brésil. Cent ans plus tôt, la Première Guerre mondiale avait contraint le Comité International Olympique d’annuler les Jeux olympiques de Berlin. En 2016, le pays hôte est en pleine crise politique et sociale. Et si les J.O de Rio connaissaient le même sort que ceux de 1916.

Mai 1912 à Stockholm, le Comité International Olympique offre l’organisation des Jeux de 1916 à l’Allemagne. A cette époque, le Titanic vient de sombrer et la Chine s’apprête à signer un accord de paix avec le Tibet. Oui, un accord de paix…

Même si les vérités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui, certaines choses ne changent pas : les Jeux olympiques ont lieu tous les quatre ans et les politiques continuent de mentir.

C’est bien cette dernière vérité intrinsèque qui pourrait remettre en cause les J.O de Rio.

On ne joue pas avec la guerre

Philippe Pétain en était certain, la guerre n’allait pas durer. Mais la bataille de la Somme fait rage et les casques à pointe attaquent Verdun. On est loin de l’ambiance d’un 400 mètres nage libre…

Le Comité International Olympique n’a d’autre choix que d’annuler les Jeux de 1916, prévus chez un des principaux belligérants.

Ce sera la guerre plutôt que les Jeux. Vous l’aurez compris, les obus remplacent le lancer de poids. Pour les records olympiques, on repassera.

Des records, justement, la Grande Guerre en a fait tomber, et plus d’un; neuf millions et demi de morts et plus d’un milliard d’obus tirés (le contrôle anti-dopage n’étant pas encore au point à l’époque, ces chiffres peuvent être faussés).

Un véritable massacre humain qui inspirera le nom de «la der des ders». Bien-sûr, il n’aura pas fallu longtemps avant que «la der des ders» ne devienne «l’avant dernière der des ders». Dès 1940 les Jeux sont de nouveau annulés, ainsi que ceux de 1944, la faute à la Seconde Guerre mondiale, incapable de faire une pause le temps des olympiades. Zeus, à qui les Jeux olympiques sont dédiés, a dû se retourner sur son nuage.

Médaille d’or de la corruption

Cette fois-ci, c’est de l’autre côté de l’Atlantique que ça se passe mal. Plus exactement là où des milliers d’athlètes rêvent, cet été, de décrocher l’or… olympique.

Car oui, là où se déroulent les Jeux, apparaissent souvent des problèmes.

Pas de neige en 2010 à Vancouver, des milliards en trop dépensés en 2014 pour Sotchi et juste avant les Jeux de Pékin de 2008, les Tibétains manifestaient contre l’occupation chinoise. Mince, le traité de paix n’a pas du fonctionner…

Bref, la flamme des JO n’est pas toujours simple à entretenir. A chaque édition, son lot de complications.

Cette année on ne change pas les bonnes vieilles habitudes. Le Brésil, pays hôte des Jeux, est en train de destituer sa Présidente. Quoi de mieux qu’un pays en pleine crise politico-sociale pour accueillir des Olympiades.  Ces Jeux, les Brésiliens n’en veulent pas et ils l’ont fait savoir dans la rue.

Si la Présidente du Brésil est en cours de destitution, c’est pour s’être retrouvée au coeur d’un scandale d’état. Dilma Rousseff aurait touché des pots de vin après avoir rendu possible la surfacturation de chantiers pour le compte d’une grande entreprise de BTP brésilienne. Je ne vous apprends rien, les surfacturations en France, ça nous connaît.

Mais attendez, ne serait-ce pas tout simplement la malédiction olympique qui a poussée Dilma Rousseff à se faire corrompre ? Cela pourrait lui donner des idées pour sa défense.

D’ici là, rien ne va s’arranger. Oui, Dilma Rousseff va quitter le pouvoir, mais comment se déroulera la transition ? Comment réagiront les millions de soutiens de la Présidente déchue ? Ils montrent déjà leur mécontentement et dénoncent un coup d’état contre leur protégée. Ambiance. Mais la chef d’Etat brésilienne est loin d’être la seule. En réalité, elle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Elle symbolise toute une classe politique gangrénée par la corruption.

Bienheureux celui capable de dire où en sera le pays au moment d’accueillir les Jeux olympiques.

Est-ce vraiment sérieux d’imposer un événement sportif d’une telle ampleur à un pays en plein chaos politique ?

Si le pays s’embrase, la question s’imposera au CIO et il faudra libérer le Brésil du poids olympique, nom de Zeus !

T.T

Les secrets de la démission millimétrée de Taubira

Moins d’une semaine après la démission de Christiane Taubira, son essai à charge contre la déchéance de nationalité est en librairie. La nouvelle ex-ministre de la Justice l’a écrit pendant ses vacances de Noël et a souhaité le publier au plus vite. Au lendemain de la sortie, l’éditeur réimprime déjà à 40 000 exemplaires.

L’histoire de ce livre est digne d’une politique-fiction. Christiane Taubira aurait-elle démissionné le 27 janvier si son livre n’avait pas été prêt ? Tout laisse à penser que le départ de l’ex-ministre dépendait en fait de son calendrier médiatico-culturel.

Un jour avant l’annonce officielle du livre, une journaliste de France 2 montre «Murmures à la jeunesse» sur le plateau du 20h. La maison d’édition Philippe Rey n’a «aucune idée» de la manière dont il est arrivé entre ses mains. Un plan médiatique était en place avec le journal Le Monde, qui devait révéler l’existence du livre lundi 1er février. Mais la fuite se transforme en pub, le livre fait les gros titres des matinales le lendemain.

«J’ai reçu un appel de Christiane Taubira le 10 janvier» raconte Philippe Rey, éditeur de «Murmures pour la jeunesse». Alors encore Garde des Sceaux, la ministre lui confie avoir «écrit un texte court sur les sujets actuels» sans vraiment préciser le contenu exact. Elle espère le voir en vente dans un mois et compte sur la discretion de la maison d’édition. P.Rey connait bien C.Taubira, il a déjà réédité son livre «L’Esclavage raconté à ma fille».

En lisant une première fois le manuscrit, il comprend que «le secret absolu» sera nécessaire «qu’elle ne restera pas au gouvernement avec un tel texte». Il s’entoure d’une poignée de personnes de confiance (correcteurs, graphistes…) et décide de tout accélérer afin de publier le livre, pour l’instant top-secret, début février.

Il prend toutes les précautions nécessaires et choisit un imprimeur «digne de confiance» en Espagne. «La DGSI sait tout ce qu’il se passe dans les imprimeries françaises» affirme-t-il.

Les livres sont transportés à Paris dans des palettes opaques et stockés dans un entrepôt secret. Dans le même temps, Taubira démissionne. Ce soir là Canal+ diffuse un numéro inédit de l’émission «Conversation secrète» avec pour invitée Christiane Taubira et tournée le samedi précédent. «Murmures à la jeunesse» arrive dans les librairies trois jours plus tard sous X, «ce qui excite l’appétit les libraires» selon l’éditeur. Philippe Rey a gagné son pari : l’essai de la ministre qui décrédibilise une mesure majeure post-attentat du Gouvernement est en vente le 2 février.

Fin calcul de la stratège Taubira, c’est le 3 février, au lendemain de la sortie de son livre en librairie que la loi sur la déchéance de nationalité arrive à l’Assemblée nationale. Tout laisse à penser qu’un mois avant son départ du Gouvernement, la ministre de la Justice avait tout préparé.

T.T

Cuba veut Guantanamo

Avec la visite historique du Président américain à Cuba, la question de Guantanamo s’est invitée dans les discussions entre Barack Obama et Raùl Castro. La prison, ouverte par G.W. Bush sur une base militaire américaine, retient encore une centaine de prisonniers au nom de la lutte anti-terroriste.

Barack Obama n’a plus que neuf mois pour fermer Guantanamo et ainsi honorer une des promesses qui a permis son élection en 2008. De son côté, Raùl Castro veut récupérer le contrôle entier de la baie de Guantanamo. Il appelle le Président américain à «rendre le territoire occupé illégalement par la base navale américaine». Cela pourrait obliger les Américains à se séparer de leur très stratégique base navale, et dans le même temps enlever une belle épine du pied d’Obama.

Mais comment expliquer que les Américains aient un pied à terre dans un pays qu’ils ont placé pendant plus de 50 ans sous embargo ? C’est en fait une vieille histoire : le conflit hispano-américain de 1898 a permis aux E-U d’installer leur base navale dans la baie de Guantanamo au Sud Est de Cuba.

Après quelques années de tolérance cubaine, un traité offre en 1934 la possibilité aux Américains de s’y installer durablement contre un loyer de seulement 4 000 dollars par an. Ce bail, que Raùl Castro remet aujourd’hui en cause, garanti aux Américains un contrôle total de la baie.

Problème, c’est sur cette base navale qu’est installée la prison anti-terroriste de Guantanamo.

A l’origine secrète, elle est rapidement devenue célèbre pour ses multiples scandales. Torture par l’eau, humiliations et détenus mineurs : un vrai «goulag moderne» rapporte Amnesty international en 2005. Malgré des mouvements de contestation jusque devant la Maison-Blanche, la prison de la honte est toujours en activité.

La visite historique du Président américain n’a pas effacé les divergences de fond que connaissent les deux pays. La priorité de Cuba étant la fin des sanctions économiques, la question est passée au second plan.

Mais fermer Guantanamo fait bien partie des plans d’Obama : «Garder cette prison ouverte est contraire à nos valeurs. Cela mine notre prestige dans le monde» a réaffirmé le Président américain cette année».

Et cette volonté ne date pas d’hier : il avait déjà tenté de fermer la prison, par décret, dès son arrivée à la Maison-Blanche en 2009. La procédure s’était alors heurtée à des problèmes juridiques.

Le vingt-trois février dernier, Obama présentait son ultime plan pour «refermer le chapitre» Guantanamo en transférant les détenus dans treize lieux sélectionnés sur le territoire américain. Mais cette fois c’est au Sénat que ça bloque. A majorité conservateur, le Parlement rejette en bloc cette éventualité. Le Président du groupe républicain au Sénat, Paul Ryan, affirme qu’Obama «met en jeu la sécurité nationale pour une promesse de campagne».

Peu de chance que la question Guantanamo ait évoluée avant la prochaine rencontre entre les Etats-Unis et Cuba.

T.T

Grand Ouest contre Grand Paris : les dessous d’une fusion Hauts-de-Seine – Yvelines

Un grand projet de fusion a été lancé et devrait voir le jour rapidement selon Patrick Devedjian et Pierre Bédier.

Ce fut la surprise politique de la nouvelle année pour l’Ouest parisien. Les Yvelines et les Hauts-de-Seine ne feront bientôt qu’un si l’on en croit leurs présidents. Dans leurs vœux communs pour 2016, le 12 janvier à Marnes-la-Coquette, Patrick Devedjian et Pierre Bédier ont insisté lourdement sur les avantages économique d’une fusion entre leurs départements.

Mais l’enjeu politique est beaucoup plus important qu’ils ne veulent bien l’avouer. La volonté des deux hommes de concurrencer le Grand Paris, voulu par la gauche, a été «la véritable motivation du projet» selon un proche de Devedjian. Objectif : bâtir un super-département, une forteresse de la droite et ainsi faire contre-poids au Paris d’Anne Hidalgo. A peine annoncé, le projet «déstabilise déjà pas mal de monde» se réjouit-on dans l’entourage du président du 92.

La droite voudrait également mettre son bastion des Hauts-de-Seine à l’abri d’une réforme territoriale, de gauche, prévoyant la fusion de la petite couronne. Le département voisin des Yvelines apparaît comme une solution logique pour esquiver le projet du Manuel Valls.

Un nouvel échiquier politique

Nouveau département, nouveau découpage ? Pas vraiment si l’on en croit un membre du conseil départemental du 92 : «la fusion ne nécessitera pas une refonte de la carte électorale». La question de la redistribution des postes dans le futur conseil n’a pas encore été abordée même si obligatoirement il y aura des doublons, «c’est sûr, certains devront partir».

Les conseillers départementaux (élus en mars 2015) n’ont, eux, pas de souci à se faire, si la carte électorale ne bouge pas, aucun élu ne risque de perdre son siège au Conseil. Cependant, il ne peut y avoir qu’un seul président et c’est Patrick Devedjian (LR) qui devrait se dévouer pour diriger le nouveau département.

L’Ile-de-France, un soutien de poids

La nouvelle présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui a priori, a tout intérêt à soutenir la fusion 78-92 constitue une alliée de poids pour les deux hommes. Tout laisse à penser qu’ils ont attendu le basculement à droite des régionales de décembre 2015 pour annoncer leur projet de mariage. Pas sûr que l’ancien président PS de la région, Jean-Paul Huchon, aurait été aussi enthousiaste. Une question demeure, comment cette initiative s’intégrera-t-elle dans l’ambition stratégique de la nouvelle patronne de la région et bénéficiera-t-elle de moyens conséquents à la hauteur de la vision du couple Devedjan-Bédier ?

2017 l’année charnière

L’avenir reste cependant conditionné au résultat de la présidentielle de 2017. Si un Président de droite était élu, le projet pourrait bien passer à la trappe reconnaissent certains élus. D’ici là «rien ne va vraiment bouger». La fusion ne serait dans ce cas qu’un écran de fumée dans le but de gêner les projets de la gauche, ce que reconnaît à demi-mot un membre du Conseil départemental. Mais si le projet devait avorter, les collaborations déjà mises en place entre les deux départements resteraient effectives.

Thomas Tissaud