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Le cinéma français : arrêtez de massacrer notre enfance !

Il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux : notre enfance est massacrée. Et ce au nom de « l’art », de la « culture ». Je veux parler ici des adaptations cinématographiques de nos héros de la bande dessinée. 

Gaston Lagaffe, le plus grand inventeur du siècle passé : qui a besoin d’une bombe radioactive pour détruire un pâté de maison ou deux quand un instrument de musique fait le même travail… La radioactivité en moins ?  Éternel employé de bureau aux éditions Dupuis, il passe son temps à procrastiner et à esquiver les corvées diverses et variées, ainsi qu’à converser avec Jules-de-chez-Smith-en-face. Antimilitariste, pratiquement un hippie, feignasse de première qualité, il s’agit du Saint Patron officieux des employés de bureaux, le modèle auquel, en fin de compte, nous aspirons tous à devenir, un jour ou un autre.

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Et ce brillant personnage va bientôt subir la malédiction qui s’est abattue sur bien des héros de notre enfance : l’adaptation en prise de vue réelle au cinéma. Dans un film français.

Le cimetière des héros

C’est bien simple : le cinéma français a anéanti mon enfance. Prenons l’exemple d’un des Français des plus célèbres au monde, le Général de Gaulle excepté. Mis à part Mission Cléopâtre, à mes yeux, l’image d’Astérix au cinéma est à jamais fanée. Mixage de plusieurs histoires entres elles quand elles n’ont aucun lien de base (Astérix et Obélix contre César ainsi qu’Astérix et Obélix : au service de sa Majesté), ajout d’amourette ridicule et n’ayant concrètement aucun intérêt (Astérix aux Jeux Olympiques), c’est dans une longue déchéance que s’est abîmé l’incarnation de ce que l’on peut appeler « l’esprit Gaulois ».

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Blagues parfois forcées, humour de situation parfois déplacé, au vu du caractère initial de la bande dessinée, ajout d’intrigues secondaires (ou qui se souhaitent primaires) ne servant, en définitive, que de McGuffin… Il est triste de voir qu’entre 1999 et 2014, les quelques adaptations cinématographiques des aventures d’Astérix qui valent la peine d’être vus sont uniquement les dessins animés. Je dis « il est triste » étant donné les talents peuplant le cinéma français et ayant participé aux films : Gérard Depardieu (merveilleux et touchant dans Cyrano de Bergerac), Edouard Baer (Edouard Baer), Christian Clavier (un Napoléon des plus magistraux), etc…

Et ce n’est pas le seul à avoir subi la nouvelle Malédiction d’Infogrames (on prend tes héros de bande dessinée favoris et on en fait un magistral étron). Lucky Luke (Les Dalton sont relativement sauvés par le duo Eric & Ramzy… Et encore) qui vit une aventure ne semblant être qu’un mixage de plusieurs histoires dans lesquelles on déverse des éléments de scénario inutiles à l’histoire… Joué par Jean Dujardin ( un Oscar n’est pas suffisant pour expier ce carnage), on voit un Lucky Luke qui vit une romance réciproque… Quand on sait qu’il fut souvent courtisé, et même marié une fois dans La Fiancée de Lucky Luke (le temps d’un album et de faire sortir le promis initial de la prison…) sans qu’il y ai de véritable réciprocité de sa part, on a l’impression de voir l’oeuvre originale être trahie et poignardée à plusieurs reprises…

Et là, je ne parle que des plus iconiques, des héros ayant traversé les générations ! Parce que si l’on continuer à se faire mal, on peut parler des moins connus (quoique…), comme Les Profs ou L’Élève Ducobu.

Je vais commencer par L’Elève Ducobu, pour une raison assez simple : il s’agit de l’histoire d’un éternel cancre, celui qui se rebelle contre l’autorité incarnée par son professeur, Gustave Latouche, vêtu comme ceux que l’on surnommait « les Hussards noirs de la République ».

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Ducobu et Léonie Gratin, sa voisine, représentent l’insouciance de notre enfance, ceux auxquels nous souhaitons, d’une façon ou d’une autre, ressembler, mélangeant l’ingéniosité du cancre à l’intellect de la surdouée (bien qu’il soit sous-entendu que Ducobu soit lui aussi surdoué, mais que le système scolaire soit inadapté, d’une façon ou d’une autre, à son cas). De plus, on y trouve un fond de morale, de sagesse qui, loin de contraster avec l’humour présent dans les dessins, permet de remettre les pieds sur terre.

Quant à Gustave Latouche, leur professeur, bien qu’il soit l’incarnation d’une figure autoritaire et (pratiquement) intransigeante, parvient à devenir attachant, auprès des lecteurs, notamment quand on apprend qu’il était lui-même un cancre dans sa jeunesse (voire « le pire élève » que son professeur ait eu…)

Et c’est pourquoi j’ai été… Déçu de voir qu’un film en prise de vue réelle allait sortir sur eux. Certes, les acteurs sont ressemblants, mais il n’y a pas la même magie, la même attraction : les aventures de Ducobu dépassent rarement la dizaine de pages, et il n’y a guère de continuité entre les différents gags. Car en définitive, ils n’en n’ont pas besoin, chaque gag se suffisant à lui-même.

Le même cas de figure revient avec la bande dessinée Les Profs : mis à part l’année se déroulant, et l’apparition de gags concernant les vacances scolaires, il n’y a guère de véritable continuité chronologique. Les acteurs (mis à part Stéfi Celma) n’ont même guère de ressemblance avec les personnages qu’ils sont supposés incarner, ce qui contribue à la mauvaise impression ressentie par les spectateurs. La suite du film joue plus sur la présence d’une gueule connue à l’affiche que sur un véritable lien avec l’univers original.

Des stars, oui, n’importe lesquelles, non.

C’est sans doute ma principale critique : pour tenter d’attirer le public, on cherche à recruter n’importe qui afin de sauver le film. Je m’insurge ici, par exemple, contre le choix de Kev Adams dans le rôle de Boulard, version améliorée de Ducobu puisqu’il est parvenu jusqu’en classe de Terminale, où il stagne depuis au grand désespoir de ses professeurs. Le choix de l’humoriste est évident : attirer ses fans pour tenter de rentabiliser au mieux  un film au scénario proche de celui des « Sous-Doués passent le Bac« , en moins amusant.

Mais cette critique peut s’étendre aussi aux autres films pré-cités : même si Elie Semoun possède un physique proche de celui de Monsieur Latouche (le nez à la Cyrano en moins), il ne possède pas le charisme de ce dernier. On aurait presque envie de plaindre ce petit instituteur de campagne semblant incapable de manifester une certaine autorité… Ce qui est triste, étant donné qu’Elie Semoun possède un véritable talent d’acteur…

Le problème, ici, vient surtout du fait que l’on va choisir des stars, à l’instar de Kev Adams, ou bien des noms connus du cinéma français dans le but d’avoir des personnalité en tête d’affiche, simplement pour s’assurer une bonne sortie en salle. Il serait pourtant préférable de faire son choix en fonction des talents des acteurs, de l’univers dans lequel ils évolueront, et dans le cas d’adaptation, de s’assurer de leur ressemblance physique avec le rôle qu’ils auront à jouer.

De Maesmeker montrant la voie (allégorie - Franquin)
(Oui, je signifie par-là qu’il serait bon de faire un autodafé avec certains scénarios. Et certains acteurs. Et certains réalisateurs.)

Notons qu’une critique similaire peut s’appliquer au doublage de films étrangers : souvenons-nous de la polémique qui suivit l’annonce de la présence de Squeezie au casting de Ratchet & Clank dans le rôle de Ratchet, ainsi que l’ajout de quelques Youtubeurs français dans des rôles secondaire. Bien des puristes (et des non-puristes) crièrent au scandale, arguant que le distributeur français (et la boîte de doublage) privilégiaient les rentrées d’argent à l’esprit original de la licence, tandis que la version originale du film (en anglais), bien que comportant quelques célébrités (comme Stallone) parmi les doubleurs, avait conservé la majorité des voix originales.

Ne restons pas dans le négatif

Bon, il est vrai que j’ai tiré à boulet rouge sur le cinéma français et sa tendance à faire de mauvaises adaptations. Pourtant, tout n’est pas aussi sombre : l’adaptation de Seuls, par exemple, semble promettre par un scénario rassemblant au mieux (d’après la bande-annonce) un maximum d’éléments des différents livres, tout en conservant une certaine cohésion.

Enfin, les films d’animations ne sont pas en reste et permettent, outre de le fait de garder une patte graphique proche de l’original, de mettre en place une certaine dynamique, des expressions faciales plus éloquentes et de jouer sur les poses physiques des personnages. Or, la France a un grand talent en matière d’animation, puisque Miraculeuse Coccinelle et Wakfu, deux séries d’animations françaises, se sont très bien exportées, tandis que trois films d’animations, dont deux adaptations (Le Petit Prince et Astérix : le Domaine des Dieux), faisaient partie des meilleurs films français ayant eu le plus de succès à l’étranger en 2015.

Peut-être est-ce l’occasion de se poser la question : Gaston Lagaffe mérite-t-il une adaptation cinématographique ? Qui sait, peut-être, après tout, on peut peut-être en tirer une aventure loufoque à la façon de Spirou ? Mais est-ce que cela doit être une production en prise de vue réelle ? Clairement, non. Ce serait perdre le charme qui fait de ce anti-héros un personnage aussi attachant.

Antoine Barré

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