Interview Davodka Pour IHH magazine

Rappeur et beatmaker, Davodka inonde le paysage rap français de ses punchlines et ses rimes ciselées depuis 2003. Après de nombreux projets avec son groupe Mentalité Son Dangereux, le MC du 18ème se lance en 2012 en solo avec l’album « Un Poing C’est Tout ». Revenu avec un nouveau projet fin 2015, Davodka a accepté de revenir sur sa carrière et ses projets futur. 

 

 Tu te rappel de ton premier souvenir en rapport avec la culture Hip-Hop ?

Davodka : Je pense que ce serait le collège, les graffitis. J’avais des potes qui graffaient et je pense que ces mes premiers souvenirs marquants, le premier pied qui m’a fait découvrir le Hip-Hop car j’écoutais pas vraiment de Rap. Après des potes à moi rappaient aussi et ils m’ont mis dans le délire.

Tu intègres le collectif MSD (mentalités son dangereux) en2007. Vous sortez plusieurs Mixtapes gratuites pour aboutir àun album physique en 2012 (Sampleur et 100 Reproches). Quelssouvenirs tu gardes de cette époque et quelle importance MSD aeu dans ta carrière solo ?

D : Quand j’ai commencé en 2003 avec le Paris Pôle Nord ( Davodka, Kema, Nico l’Salo), c’était vraiment notre naissance dans le Rap pour nous. MSD c’est vraiment la maturité, le côté passion. C’est à cette époque que je commence à vraiment m’intéresser à tous les domaines du Hip-Hop, que ce soit le graffiti, le beatmaking, le mix, l’écriture… C’était une super belle époque ou on réunissait plusieurs idées, plusieurs couleurs et on faisait un projet. On enchainait très vite les sons, avec un côté toujours très « Dark ».

Ca a pas été compliqué pour ta carrière solo de pas avoir cette émulation de groupe ?

D : le problème en groupe, c’est que justement comme les idées se mélangent, ça peu aussi prendre beaucoup de temps. Quand je commence « Un Poing C’est Tout », je savais directement la couleur que je voulais avoir, j’allais plus vite. Il me suffisait juste de faire la prod et d’écrire dessus, j’allai plus vite finalement. C’est pas du tout le même délire, il y a beaucoup plus de partage quand on est en crew, alors que tout seul t’as beaucoup de période de doute, t’as plus facilement envie d’arrêter.

En parlant d’arrêter le Rap, ton morceau « La Der Des Ders » sous entend clairement que le rap c’est qu’une période et que tu as envie d’arrêter. Le morceau est sorti en 2012, qu’est ce qui donner envie d’être encore plus productif finalement ?

D : Quand j’ai fait « Un Poing C’est Tout », je voulais juste une carte de visite et m’arrêter sur ça. Je l’ai sorti en téléchargement gratuit, j’avais pas du tout l’ambition de la sortir en physique. Après, j’ai eu énormément de retours et à ma grande surprise, j’ai vu qu’il avait téléchargé 35 000 fois. Les gens insistaient pour que je le presse en CD. C’est les retours qui m’ont fait continuer. Après, quand je sors « L’art Tisans » l’année suivante, je suis dans une grosse période de doute. C’était censé être un album 12, 13 titres et ça a fini en EP, je savais pas trop ce que ça allai donner.

On sent tout de même que par rapport à « Un Poing C’est Tout », tes projets d’après étaient beaucoup plus travaillés, plus aboutis, notamment au niveau des thèmes et des Prods.

D :. Si t’écoutes « Un Poing C’est Tout », tu passes de morceaux en morceaux et t’as toujours « Piano-violon, Piano-violon ». c’est une couleur assez marquée. C’était vraiment que de l’égotrip à part quelques petites thématiques genre « L’embûche De Noel » ou « Echelle Sociale ». Je l’ai vraiment écrit comme une carte de visite alors que «  La Mise Au Poing », je voulais vraiment un format album dans la construction, de l’intro à l’interlude jusqu’au « Maux de la Fin ».C’était quand même un clin d’œil à « Un Poing C’est Tout », Ya quelques similitudes dans la construction, mais plus couleur album. C’était un peu la suite logique en plus aboutie, mais je ferai pas de trilogie genre « Poing De Suspensions » ou « Rond Poing » (Rires)…

 Malgré le fait que tu Rap en solo depuis plusieurs années, t’as quand même continué a fonctionner en groupe avec la création du label « Le Vers 2 Trop » composé de rappeurs, de beatmakers… C’est important pour toi d’avoir une équipe autour de toi ?

D : Après « Un Poing C’est Tout », j’ai vraiment senti qu’il manquait quelque chose. Je sortais D’MSD et c’était compliqué de se retrouver seul du jour au lendemain. Le Vers 2 Trop c’est des potes de longues dates, j’avais besoin de cette notion de partage pour continuer à créer des choses, d’avancer à plusieurs, même si c’est pas forcément un Crew, c’est aussi un label, mais on a pas de directives particulières, on fait ce qu’on veut. En gros Le Vers 2 Trop c’est Anka, Mano, Nico L’Salo, Pulpo, Aslan, un jeune beatmaker belge qui m’a bien aider pour « La Mise Au Poing » puisqu’il a produit trois titres (Manège désanchanté, Ligne De Conduite et Poignée De Punchlines). C’est du partage et on essaie d’avancer ensemble en étant polyvalent.

La notion d’indépendance est très marquée chez toi. Elle explicitée dans le morceau « Mauvaise Onde ». c’est un choix qui te tient à cœur de rester le plus indépendant possible? 

D : Oui c’est vraiment voulu de mettre l’accent dessus. Après il faut faire attention, il y des indépendants qui font du commercial et d’autres qui vont faire de l’underground et aiment bien produire eux- mêmes. Je préfère produire moi-même. J’ai pas envie de devenir un produit signé quelque part où on me donne des lignes directrices. Je trouve mieux de tout taffer moi-même comme j’ai toujours aimé le faire. Mon but ça a jamais été d’être une tête d’affiche. J’ai toujours voulu avoir mon tampon et être maître de ce que je crée.

On remarque quand même que ta notoriété grandit de jour en jour. Tu t’en rends compte ? Comment tu aborde ça alors que tu disais juste avant que tu voulais pas être une tête d’affiche ?

D : Je me suis rendu compte à la sortie de « La Mise Au Poing » et du nombre de retours que j’en ai eu. C’était totalement inattendu. Certaines personnes me disent merci, c’est assez gênant pour moi parce que ça reste du kiff, c’est pas un travail. C’est surtout à moi de leurs dire merci pour le soutient. Ca fait quand même kiffer de voir comment ça évolue, je sais pas si j’étais près mentalement mais j’étais vachement étonné que ça voyage autant. Quand je te dis que j’ai pas envie d’être une tête d’affiche, c’est justement ne pas faire du commercial, être un rappeur « Mainstream ». En vrai je suis content que ça voyage naturellement, et plus ça voyage plus je suis content on va pas se mentir, sinon je garderai ma zic pour moi.

Récemment on t’as vu sortir un peu plus de ta bulle avec des feats avec Lacraps ou Swift Guad. C’était une volonté de part de t’ouvrir un peu plus qu’avant ?

D : Je suis resté longtemps dans ma bulle c’est vrai. Sur « Un Poing C’est Tout » je suis en feat que avec les gars du MSD ou de gars qui sont du Vers 2 Trop aujourd’hui. C’était que des potes alentours, j’étais pas aller chercher un rappeur ou le démarcher à l’époque, un peu même de peur qu’il y ait pas un billet de demandé ou autre chose je sais pas. J’étais totalement en dehors de ça. C’est vrai que maintenant je sors un peu de tout ça, mais c’est aussi des MC’s que j’affectionne, que ce soit L’Uzine, Rockin Squat, Lacraps ou Swift. Je sais pas si ça continuera ou pas mais en tout cas ça se fait naturellement donc on verra !

Le morceau de ton dernier album qui a le mieux marché en termes de vues, « Le Couteau Dans La Paix », est sans doute le plus pessimiste de l’album. Comment t’explique que ce soit celui la qui ai eu autant de succès ?

D : Je comprends qu’il ai tourné après tout ce qui se passait. C’est un son que j’ai écrit après Charlie Hebdo et avant les évènements du Bataclan. C’était un son d’actualité. Tous mes sons dégagent un certain pessimisme mais c’est vrai que celui la est particulièrement triste. Je pense qu’on a aussi besoin de ce genre de son qui pousse à la réflexion. C’est surement le son le plus conscient de l’album aussi.

On parle beaucoup de tes flows rapides et de tes performances d’accéleration. Tu fais ça depuis quand ? Comment ça t’es venu ?

D : c’est un truc qui est venu assez naturellement en fait. Quand j’étais encore avec le Paris Pôle Nord, on kickait que des faces B et Kema m’avait mis une instru du Wu Tang accelerée à 110 BPM un truc comme ça. Je me suis mis a rapper dessus et mon texte passait beaucoup mieux que sur un BPM classique et j’ai commencé à m’intéresser aux flows rapides. Après je l’ai lâché pendant une grosse période. J’aime bien ça parce que ça donne de l’attraction. Après faut avoir envie de décripter l’acceleration et je peux comprendre qu’on aime pas du tout ça mais pour ma part je trouve que ça rajoute une touche en plus. J’ai commencé à vraiment m’y mettre à l’époque MSD. Des fois je poussais peut être même le vice un peu loin.

Tu penses que c’est ce qui fait kiffer ton public ?

D : Ouai peut être. J’aime les textes attractifs, c’est pour ça que je met de la punchlines, du flow rapide, de la rimes.. Essayer de créer un texte complet en fait. C’est possible aussi que certains m’écoutent que pour les flows rapides.

Tu dis avoir commencé avec des Faces B. Tu es aussi beatmaker. Faire des prods, c’était une nécessité ?

D : Au début c’était surtout pour éviter les Faces B c’est sur parce qu’à une époque on avait que ça. On se retrouvait sur nos logiciels à faire des sons que sur ça. On faisait des mixtapes de Faces B en fait ! J’ai du commencé à faire des prods en 2006 avec un petit logiciel qui s’appelait Magic Music Maker. C’était un tout petit truc. Ensuite je me suis acheté ma MPC, j’ai commencé à approfondir le truc jusqu’à rechercher des grains particuliers d’une époque qu’aujourd’hui on peut faire avec des Plugins tout simple. C’était une nécessité mais aussi une volonté d’avoir sa propre couleur, que le son entier soit à moi du texte à la prod.

 il y a beaucoup de critiques sur le rap actuel dans tes morceaux, surtout le rap dit « commercial ». T’arrives encore à écouter du rap ?

D : tout ce qui passe en radio deja c’est mort ! Dans l’indé ya énormément de têtes qui sont super intéressantes à écouter, il faut juste avoir envie de fouiller quoi. Si t’es un peu curieux tu trouves. Ce qui passe en radio, j’appelle même plus ça du rap, ça ne me parle pas et je pense que je ne m’y retrouverai jamais dans ce genre de trucs.

tu préfères que ça reste une musique que underground ?

D : Nan c’est plutôt bien que le rap soit plus grand public mais ça dépend ce que tu mets en avant. Je pense pas que les radios vont se remettre à diffuser des trucs « à l’ancienne ». Je pense aussi que les gens ont besoin de faire la fête et qu’ils ont plus envie de bouger leurs culs que leurs têtes ! Moi ça va être difficile de me faire passer en radio si c’est pour faire bouger des culs (Rires) !

 Merci à toi ! Je te laisse prononcer « Les Maux De La Fin »

D : Na sdrowie! La suite se prépare doucement…

Chronique : Ténébreuse musique, la sublime crasserie

 

Un univers malsain, des prods sombres et des thèmes douteux, voilà ce qu’on peut retenir de cet opus confectionné par les auteurs du désormais classique « Chiens ». La combinaison réussi de deux MC’s dont en apparence, seulement, tout oppose. L’histoire du duo commence en 2010. Le franc comtois SidiSid est à l’époque invité à poser sur un morceau resté assez anecdotique de la mixtape « la crème de l’île de france ».

. Il relate d’ailleurs cette rencontre dans une interview donné à CaptchaMag. Financé par les fans, l’aventure cet album commence en mai 2015, ou il est annoncé par un freestyle vidéo assez troublant, nommé « donne du fric » ou apparaît notamment le trublion du rap français Biffty.

En retraite anticipée depuis maintenant quelques années,l’autoproclamé « Empereur de la crasserie » semble avoir trouvé un alter égo aussi sombre que lui en la personne de Sidisid. Moitié du groupe ButterBullets (avec le beatmaker Dela), dont l’univers s’apparentent parfois à des bandes originales de Film d’horreur (« Hugo », « 2019 » entres autres). On ne s’étonnera pas donc d’entendre parler de drogue (« la qualité du produit »), des parties intimes de Patrick Sebastien(« Patrick ») ou des transsexuels de la place de Clichy sur l’apocalyptique « l’île de l’incantation »

.  Enregistré Selon le duo en seulement un week end chez Dela en Franche Comté entre dégustation de fromage et d’herbe, on sort assez troublé à l’écoute de ce projet autotuné de bout en bout avec L’impression de n’avoir jamais rien écouté de similaire. Et c’est bien la tout l’intérêt de l’album. Côté collaborations, le binôme s’est payé le luxe d’avoir à leurs côtés le jeune belge Hamza (« no limit ») ainsi que Jok’Air de la MZ (« Déjà Mort »). Bien chanceux sont les financeurs qui ont pu se procurer l’album en physique, déjà introuvable car réservés aux contributeurs. Vous pouvez tout de même l’écouter sur le net en lot de consolation.

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